Et voilà une nouvelle aventure… après un détour pour dormir dans la forêt… étape mémorable de par les difficultées et surprises rencontrées… enfin, c´est aussi à ce moment que nous avons expérimenté le stop pour la première fois de nos vies… Ca marche bien en Argentine, quand on sait s´y prendre !

Bref, après un détour dans la “forêt” avec pas mal d´imprévus, nous voilà partis pour les Missions Jésuites.
Les missions jésuites sont des missions créées à la demande du roi d´Espagne dans le but d´évangéliser les indiens Guaranies (entre autre) et de les rendre civilisés selon l´image des hommes blancs qui les considéraient comme des sauvages. Ce système a plus ou moins bien fonctionnait. Beaucoup d´indiens sont venus dans ces missions où les jésuites conservaient la plupart de leurs habitudes et culture tout en modifiant certains aspects : ils n´étaient plus sédentaires ni polygames et apprenaient la religion catholique. Certains Guaranies ont donc été assimilés ainsi, d´autres ont toujours combattus ce système. Les missions sont mortes le jour où la couronne espagnole a décidée d´ordonner aux jésuites de rentrer en espagne en abandonnant les missions et les indiens. Leur puissance et l´entente avec les indigènes était telle que le roi souhaitait casser cela. En effet, le départ des jésuites et les guerres de frontières successives ont annéantis la centaine de milliers de Guaranies présents dans les missions. Aujourd´hui, ils ne sont plus que 5000 environs dans une trentaine de communautés. Les Guaranies qui demeurent sont ceux qui n´ont pas accepté la présence des jésuites, considérant cela comme de l´esclavage.

Nous avons donc d´abord commencé la visite avec les ruines de San Ignacio Mini, une mission restaurée. L´histoire des indigènes fait de la peine. A la suite de cette visite, notre désir de rencontrer les Guaranies était très grand. Nous avons demandé s´il était possible de les rencontrer. Le guide nous a répondu que cela se faisait rarement mais qu´il était possible de le faire si l´on connaissait quelqu´un qui parle Guarani et connaisse le chef d´une des communautés.
Le lendemain, nous avions le nom d´une personne pouvant peut être nous permettre de cottoyer de près cette culture à l´heure d´aujourd´hui. En attendant d´avoir la réponse du Cacique (chef de la communauté Guaranie), nous sommes allés visiter les ruines de Santa Ana. Au retour, nous avons été pris en stop par un prof qui connaissait un collègue qui enseigne aux enfants Guaranies. Il nous a donné son nom et son adresse.
Comme notre premier contact ne fonctionnait pas, nous sommes allés rencontrer ce professeur sur son deuxiéme lieu de travail (il était aussi guide de la mission de San Ignacio): Nous avons discuté longtemps ensemble sur les Guaranies, leur culture, leurs traditions, comment ils faisaient pour vivre aujourd´hui… Au bout d´une heure, il nous a proposé de rencontrer un collègue qui travaillait là : Damien.
Damien est Guaranie. Son prénom Guaranie est Quayral, ce qui veut dire soleil. Il vit encore avec sa communauté et son peuple, sa langue et se bat pour la survie de son peuple. Nous avons pu échanger toute la fin d´après midi et même la soirée sur sa vie, son peuple, leurs difficultés, leurs croyances… rencontre tout bonnement incroyable ! Nous avons pu rencontrer sa femme et son fils (11 jours seulement), son beau frère et sa belle soeur.

En fait, nous les avons rencontré dans leur maison de location car, afin de subvenir aux besoins de la famille, Damien est obligé de travailler chez les blancs comme il dit. Il a du surmonter discrimination et désir de demeurer chez lui pour pouvoir survivre et permettre à sa famille de conserver au mieux ses habitudes de vie. Comme il nous l´expliquait si simplement, auparavant, ils avaient tout ce qu´ils souhaitaient dans la nature : la viande des animaux, le poisson, les fruits des arbres, la médecine des plantes, l´eau potable à la source. Aujourd´hui, les eaux sont polluées, les forêts sont coupées, ils manquent de tout et sont obligés de se contraindre à vivre selon les habitudes des hommes blancs. La semaine, ils sont donc dans le village et le week-end, ou dès qu´ils le peuvent, ils vont dans leur communauté.
Le lendemain, nous avons eu le bonheur d´aller dans une des communauté Guaranie. Le chef, Arturo nous a accuilli et nous a également expliqué la situation des Guaranies. Pendant que nous discutions, nous entendions les scies des bucherons qui abattaient les arbres au bord de la communauté. Dans cette communauté vivaient 10 familles soit environ 80 personnes. Aujourd´hui, nous expliquait le chef, ils sont obligés de se battre avec les armes et les moyens de l´homme blanc : l´intelligence et les papiers administratifs.
La plus grande des difficultés pour eux est l´ignorance : les gens ne les connaissent pas et n ´en ressentent pas le besoin et ils en ont peur. Ils les voient comme des pauvres mais auparavant, ils avaient tout ce qu´ils souhaitaient : la viande de la chasse, le poisson de la pêche, l´eau des rivières, les fruits des arbres, la médecine des plantes… aujourd´hui, les eaux sont polluées, la forêt a disparue quasiment dans son intégralité ou remplacée par une espèce unique : les pins. Ils ne peuvent donc plus vivre comme avant. Comme ils le disent, avant, on été riche mais aujourd´hui, on nous a tout volé et nous sommes obligés de quitter notre culture pour aller travailler à la ville où nous sommes jugés et nous sommes obligés de mendier et les gens rient de nous sans nous connaitre.
Ce peuple nous a fait mal au coeur tout en voyant la misère de la race humaine. C´est un peuple plein de fierté qui se bat et souffre tous les jours et qui sait très bien que c´est bientôt la fin ; que dans quelques années, ils ne pourront plus vivre ainsi dans leurs communautés. Aujourd´hui, ils plantent eux-mêmes les arbres dont ils ont besoin, cultive la terre et élèvent les animaux.
Bref, nous pourrions en parler encore longtemps, expliquer leurs croyances, la naissance, la vision de la famille, leur accueil et tout et tout mais déjà les missions sont loin et nous avons quitté nos nouveaux amis : Damien et Andres pour venir dans le Nord Ouest Argentin.
